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Morphine
La morphine, principal alcaloïde du pavot, est aussi le principal opiacé d'origine naturelle. Elle est douée de puissantes propriétés analgésiques mais est fortement toxicomanogène. Elle constitue en outre le précurseur de l'héroïne, principale drogue toxicomanogène présente sur le marché clandestin. 
 
  • Nature et origine
La morphine est une molécule complexe comportant plusieurs cycles, apparentée à l'isoquinoléine et au phénanthrène. Elle n'est synthétisée que par une seule famille de plantes, les Papavéracées, dont plusieurs espèces en contiennent un pourcentage non négligeable. C'est le pavot à opium, Papaver somniferum, variété album, qui présente la plus forte concentration en morphine, de 8 à 20 % dans son latex, tandis que les autres espèces de Papaver en contiennent beaucoup moins. C'est la raison pour laquelle la morphine a été longtemps extraite exclusivement de l'opium. Aujourd'hui, plusieurs pays, notamment en Europe, la France et l'Espagne, produisent de la morphine à partir de la paille de pavot fournie par des espèces moins productives mais avec lesquelles il n'existe guère de risques de détournement de la production contrairement à ce qui se passe dans les pays producteurs traditionnels. La morphine est utilisée médicalement sous forme de sels, chlorhydrate et sulfate principalement, qui sont solubles dans l'eau contrairement à la morphine base, peu soluble.

Molécule de morphine
 
 

  • Histoire
C'est au début du dix-neuvième siècle que l'on mit en évidence dans certaines plantes des substances alcalines (d'où le nom d'alcaloïdes qui leur fut donné) responsables de leurs propriétés physiologiques. Les premières tentatives d'isolement de la principale substance active de l'opium ont été faites par un chimiste français, Jean-François Derosne (1774-1855). Il parvint en 1803 à isoler un sel, le sel de Derosne, mélange de narcotine et de morphine. En 1806, un autre chimiste français, Armand Seguin (1767-1835), par ailleurs homme d'affaires et banquier de Bonaparte, réussit à séparer la morphine mais ne publia pas sa découverte. Le pharmacien allemand, Friedrich Wilhelm Sertürner (1783-1841), montra que la morphine était combinée dans l'opium sous forme de sel de l'acide méconique et lui donna en 1817 le nom de morphium en référence au dieu Morphée. Ce n'est qu'un siècle plus tard, en 1925, que sa complexe structure moléculaire fut établie, à un atome de carbone près, par le chimiste britannique R. Robinson (1886-1975), un spécialiste de la chimie des substances naturelles des plantes (pigments, alcaloïdes) anobli en 1939 et prix Nobel de chimie en 1947. La synthèse de la morphine fut réalisée pour la première fois en 1952 mais la méthode de synthèse n'est pas en mesure de concurrencer la morphine extractive sur le plan des coûts de production.
L'isolement de la morphine conduisit rapidement à son utilisation médicale, une substance pure étant plus facile à manipuler que l'opium, par nature inconstant en morphine. L'invention de la seringue hypodermique par le médecin français, Charles Gabriel Pravaz (1791-1853), lui donna encore plus de puissance. Analgésique majeur, sans équivalent à l'époque, elle fut utilisée massivement pendant la Guerre de Sécession aux USA et pendant la Guerre de 1870 en France et en Allemagne conduisant aux premières grandes pharmacodépendances. Le morphinisme se développa ensuite dans les cercles mondains. L'héroïne, synthétisée par l'Allemand Dreiser en 1898 et utilisée d'abord comme un traitement de la morphinomanie, lui succéda sur le marché clandestin et reste aujourd'hui le principal opiacé produit clandestinement alors qu'elle est exclue de la pharmacopée. Elle est aussi la principale cause des problèmes médico-sociaux liés aux drogues. À dose égale, l'héroïne est trois à quatre fois plus puissante que la morphine et le flash qu'elle procure en injection intraveineuse est réputé plus euphorisant que celui de la morphine. Son potentiel de pharmacodépendance est également plus marqué. Aujourd'hui, les morphinomanes sont rares car la morphine est quasiment absente du marché clandestin saturé par l'héroïne à l'exception de rares détournements de médicaments. Toutefois, la poudre brune vendue pour de l'héroïne sur le marché clandestin sous le nom de brown sugar contient parfois plus de morphine base que d'héroïne. 

Molécule de fentanyl
 


 


Molécule de méthadone
Dans le cadre de ses utilisations médicales, la morphine reste un des meilleurs analgésiques connus même si des dérivés synthétiques, comme par exemple le fentanyl,  beaucoup plus puissant mais d'usage délicat, ont fait leur apparition. En France, avec des années de retard sur les pays anglo-saxons, la prise en charge des grandes douleurs fait désormais toute sa place à la morphine. En outre, des formes orales à libération prolongée permettent de pallier certains de ses inconvénients.
Enfin, on utilise aujourd'hui, des opiacés synthétiques comme la méthadone et la buprénorphine dans les traitements de substitution destinés essentiellement aux héroïnomanes.
  • Effets physiologiques
La morphine peut être consommée par n'importe quelle voie (inhalation nasale, injection intraveineuse, fumée, avalée). Chez une personne non dépendante, 20 mg de morphine en injection intraveineuse procurent un flash violent avec tachycardie, vasodilatation périphérique accompagnée de bouffées de chaleur et souvent de démangeaisons, suivi d'une sensation d'euphorie, de détachement et de rêve éveillé de quelques heures. La morphine provoque un myosis intense, une dépression des centres respiratoires centraux qui peut être mortelle en cas de surdose et souvent des nausées et vomissements. Le transit intestinal est ralenti. La dépendance s'installe rapidement, moins vite qu'avec l'héroïne cependant. En raison de la tolérance rapide, la consommation peut atteindre chez un toxicomane de longue date plusieurs centaines de milligrammes par jour à raison de quatre à cinq injections quotidiennes. L'intoxication chronique, la morphinomanie, entraîne les mêmes troubles que l'héroïnomanie : perte d'appétit et amaigrissement, perte du sommeil, constipation.

Molécule de buprénorphine
Héroïne

L'héroïne est un opiacé semi-synthétique produit à partir de la morphine, principal alcaloïde du pavot. Au point de vue chimique, c'est la diacétyl-morphine.
 

  • Histoire
L'héroïne a été synthétisée pour la première fois par le chimiste allemand Dreiser en 1898. Par diacétylation de la morphine il obtint une substance dont l'action analgésique était trois fois supérieure à celle de la morphine car elle traverse plus facilement la barrière hématoencéphalique qui sépare le cerveau du sang. Elle doit son nom à sa grande efficacité (de l'Allemand heroisch qui signifie très efficace) dans le traitement des tuberculeux, incurables alors, chez qui elle stoppait la toux et supprimait les douleurs. En outre, elle apparut tout d'abord comme un traitement de choix de la morphinomanie car les morphinomanes à qui elle était administrée la substituaient rapidement à la morphine. Commercialisée initialement par la firme allemande Bayer, elle bénéficia d'une importante publicité et resta en vente libre, même après la mise sous contrôle de l'opium et de la morphine, alors que son caractère hautement toxicomanogène était déjà reconnu. Son usage médical devait décliner quand on constata le développement de son usage abusif, l'héroïnomanie remplaçant de plus en plus la morphinomanie. 

Molécule d'héroïne
Aujourd'hui, l'héroïnomanie cause de graves dégâts individuels et sociaux même si elle intéresse un nombre relativement réduit de personnes. Elle est notamment responsable de la majorité des décès dus aux surdoses de drogues et, en raison de son usage fréquent en injections intraveineuse, de la plupart des problèmes médicaux liés aux injections intraveineuses (abcès, hépatites, septicémie, endocardite, SIDA). En France, en 1996, on comptait 336 décès dus à l'héroïne sur un nombre total de décès liés aux drogues de 393 soit 85 % des cas, de 164 sur 228 en 1997 soit 72 % et en 1998, 92 sur 143, soit 65 % des cas confirmant une diminution importante des décès liés à l'usage de drogues, en particulier par surdose d'héroïne. L'héroïne est responsable également de multiples problèmes sociaux, conséquences de la forte dépendance physique et psychique qu'elle entraîne à court terme. À cause de son prix élevé, les héroïnomanes se procurent de l'argent par tous les moyens, en particulier illicites, qui conduisent nombre d'entre eux en prison. En France, le coût journalier de l'héroïne pour un toxicomane est compris entre 1 000 et 2 000 francs. Aujourd'hui, la quasi totalité de l'héroïne disponible dans le monde est produite de façon illicite car aucune utilisation médicale n'en est faite à l'exception de quelques expériences très localisées de distribution à certains toxicomanes incurables dans quelques villes d'Europe (Allemagne, Grande-Bretagne et Suisse).
  • Production et consommation
Les capacités de production des deux principales zones de fabrication d'héroïne, le Triangle d'Or et le Croissant d'Or, qui fournissent 90 % de l'héroïne consommée dans le monde, sont de l'ordre de plusieurs centaines de tonnes par an. On estime autour de 300 tonnes leur production annuelle dont environ 10 % sont saisis chaque année (34 tonnes en 1995, 28 tonnes en 1996 dont 12 en Europe). En France, 340 kg ont été saisis en 1998 (contre 415 kg en 1997, 617 en 1996 et 498 en 1995).


Croissant d'Or et Triangle d'Or

Les États-Unis consomment principalement de l'héroïne provenant du Triangle d'Or (45 %), du Croissant d'Or et du Mexique tandis que l'Europe de l'Ouest consomme principalement de l'héroïne provenant du Croissant d'Or (80 %) et du Triangle d'Or. On estime qu'il y a entre 500 000 et 1 million d'héroïnomanes aux USA comme dans l'Union Européenne (UE). Dans l'UE, après une forte augmentation dans les années 80, on observe dans la plupart des pays une stabilisation ou une diminution du nombre des usagers d'héroïne dans les grandes villes et une augmentation dans les zones rurales et les petites villes. Le taux d'héroïnomanes s'y situerait actuellement entre 150 et 280 pour 100 000 habitants ce qui correspond en France (280 pour 100 000) à plus de 150 000 personnes. Au niveau mondial, il y aurait 8 millions d'usagers d'héroïne soit 0,14 % de la population mondiale. Dans les pays situés à proximité des zones de production comme la Thaïlande et le Pakistan, l'héroïnomanie s'est développée à grande échelle. On compte ainsi de 1,2 à 1,5 million d'héroïnomanes au Pakistan et près d'un demi million en Thaïlande.
 

  • Effets physiologiques
L'héroïne peut être administrée par n'importe quelle voie : elle peut être ingérée, ce qui est rare, inhalée en prise nasale, fumée ou injectée, modes d'utilisation les plus fréquents. 
Si l'héroïne blanche, hydrosoluble, se prête bien à l'injection, il n'en est pas de même de l'héroïne brune. Bien souvent il s'agit d'héroïne-base, une poudre insoluble dans l'eau qui nécessite un additif pour permettre la dissolution nécessaire à l'injection. Le jus de citron est souvent utilisé à cet effet. 
Fumer de l'héroïne est répandu en Asie du Sud-est (chasser le dragon) et du Sud-ouest tandis qu'en Europe et aux USA, l'injection est le mode d'utilisation le plus répandu. 
La prise nasale est plus souvent le fait d'utilisateurs occasionnels.
Les effets de l'héroïne sont similaires à ceux de la morphine mais plus violents. Comme cette dernière, l'héroïne est hautement toxicomanogène provoquant une dépendance physique et psychique sévères et un syndrome de sevrage intense en cas d'arrêt brutal. Les surdoses sont fréquentes en raison de la qualité très variable du produit vendu au détail clandestinement et peuvent entraîner la mort par arrêt des centres respiratoires. L'intoxication chronique, l'héroïnomanie, s'installe rapidement et la tolérance rend nécessaire l'augmentation des doses. 

Héroïne. Marque du paon
(in Ivresse chimique et 
Crise de Civilisation,
Laboratoires SANDOZ, 1970)
Alors que 10 mg d'héroïne entraînent un flash intense chez une personne non dépendante, les héroïnomanes de longue date consomment des doses quotidiennes très élevées pouvant atteindre 500 mg en cinq à six injections quotidiennes. L'utilisation chronique produit les mêmes troubles que la morphinomanie : perte d'appétit et amaigrissement, perte du sommeil, constipation. Les abcès aux points d'injection et les complications infectieuses sont fréquents.
En Europe, le traitement de l'héroïnomanie représente 70 à 95 % des traitements pour toxicomanie. Le risque de décès chez ces toxicomanes est 20 à 30 fois plus élevé que dans la population générale. En raison du partage des seringues et de la transmission sexuelle, le taux de contamination par le VIH et par le virus de l'hépatite C (VHC) sont élevés. On estimait ainsi à 500 000 le nombre de consommateurs de drogues infectés par le VHC dans l'Union Européenne en 1997.



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