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Retour à la page d'accueil sur les drogues
 
Didier Pol
Éditions Ellipses. 2002
 
  • 240 pages
  • 665 articles
    • 135 drogues
    • 60 pays
    • 30 biographies
    200 figures dont 135 formules chimiques.
Sola dosis facit venenum
(C'est la dose seule qui fait le poison)
Paracelse (1493-1541)
 
L’usage par l'homme de psychotropes, substances chimiques modifiant l'activité du cerveau, existe dans pratiquement toutes les cultures, présentes et passées. Que ce soit dans un but mystique, médical ou récréatif ou pour assouvir un irrépressible besoin provoqué par la dépendance, peu de sociétés humaines ignorent ce qu’il est convenu d’appeler « les drogues ». Les  drogues étaient initialement des végétaux disponibles dans la nature, contenant des substances psychoactives. On a rapidement identifié les parties des plantes les plus actives (latex du pavot à opium et résine du cannabis sont connus depuis des milliers d'années) puis, avec la naissance de la chimie, on a appris à en isoler les principes actifs. Aujourd’hui, les progrès scientifiques rendent possibles non seulement la synthèse artificielle de toutes les drogues naturelles connues mais aussi la création de nouvelles substances psychotropes bien plus actives que les substances naturelles et inconnues dans la nature. Ainsi, l’ingénierie moléculaire contemporaine est capable de concevoir une quasi infinité de substances différentes produisant des effets divers, ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui d'un terme anglo-saxon, designer drugs ou drogues de synthèse. C'est pourquoi, aux plantes (une vingtaine) et à leurs dérivés connus et utilisés depuis la plus haute antiquité pour modifier le psychisme s'ajoutent aujourd'hui plus de 150 substances chimiques différentes aux effets somatiques et psychiques variés. De nos jours, la plupart des psychotropes naturels ou synthétiques sont disponibles à peu près dans le monde entier, sur un florissant marché clandestin. Ces produits induisent des effets très divers et, en outre, selon l'usage qui en est fait, thérapeutique, religieux, récréatif ou abusif, un même produit peut avoir des effets très différents. En conséquence, le mot « drogue » n’est pas approprié comme de nombreux spécialistes le font remarquer depuis longtemps. Employé ainsi, au singulier et assorti d’un article défini, il a une connotation précise qui confond dans une même réprobation des substances et des usages qui n’ont souvent rien de commun. Pourtant, et cela est vrai pour toutes les substances agissant sur la physiologie humaine, c’est la dose qui fait le poison, comme l’avait déjà justement remarqué Paracelse et, à l’instar de la langue, une substance psychotrope peut être la meilleure et la pire des choses : on ne peut placer sur un même plan les opiacés quand ils soulagent la souffrance des malades et quand leur abus conduit à la toxicomanie. De même, on ne peut confondre la consommation modérée de vin au cours des repas avec l'alcoolisme chronique. Il est donc indispensable de pouvoir faire la part des choses dans ce domaine pour en apprécier les implications sociologiques, économiques et politiques ce qui suppose une information complète. 
L’usage abusif de substances psychoactives est un fait de société ancien devenu un problème de santé publique dans les pays industrialisés il y a seulement une trentaine d'années. Aujourd'hui, malgré la guerre à la drogue menée pendant des années, le problème a gagné la quasi totalité des pays. Le trafic de drogues illicites génère un chiffre d'affaires considérable estimé entre 300 et 500 milliard de dollars annuels, ce qui ne peut être sans effet sur les économies de nombreux pays. Au niveau des consommateurs, l'abus est à l'origine d'une multitude de problèmes tant individuels que sociaux. Dans notre pays, comme dans le monde entier, tout le monde est concerné puisque des millions de personnes font un usage abusif de substances psychoactives légales (tabac, alcool, anxiolytiques, etc.) ou illégales (cannabis, opiacés, cocaïne etc.).  Pourtant, malgré l’impressionnante somme de connaissances et d’expériences accumulées sur ces questions, l’approche en reste rarement rationnelle et scientifique.
Elle est débordée, le plus souvent, par des positions irrationnelles, souvent passionnelles, dont il faut tenir l’ignorance mais aussi très souvent la mauvaise foi, pour responsables. 
Aussi, pour que chacun puisse s’y retrouver dans un domaine complexe relevant à la fois de la science, de la géographie, de l’histoire, de la sociologie, de l’économie et du politique, il est utile de disposer d’une source d’informations actualisées prenant en compte ces aspects divers. C’est la raison pour laquelle il m’a paru utile de résumer les données disponibles sous la forme d’un dictionnaire encyclopédique, forme d’ouvrage d’une consultation suffisamment souple pour intéresser un large public.
Les entrées que l’on y trouvera développées se rapportent donc non seulement à la nature des plantes et des substances psychoactives et à leurs caractéristiques chimiques et pharmacologiques mais aussi à leur origine, leur histoire, leur sociologie, etc. Certaines personnalités historiques ou contemporaines dont la biographie est liée à ces questions, les organismes, organisations et conventions internationales, les pays pour lesquels le problème des drogues se pose de façon plus aiguë en termes de production, de consommation ou de trafic font également l'objet de notices. Enfin, pour essayer de rendre le panorama aussi complet que possible, la plupart des expressions argotiques liées aux drogues, en général des expressions d'origine anglo-saxonne qui se sont imposées dans l'argot international utilisé par les usagers de drogues, sont également citées. 
Réunir des informations objectives sur ces questions reste difficile notamment parce que les données statistiques disponibles sur les drogues illicites sont incomplètes par nature en raison de la clandestinité des activités correspondantes. Les statistiques produites par les organismes nationaux et internationaux en ce qui concerne la production, le trafic, la consommation, le coût social, etc. sont des évaluations réalisées à partir de divers indicateurs, différents selon les organismes et les pays, rarement comparables entre eux. De plus, des motifs d'ordre politique ou géopolitique peuvent conduire les états à fournir des statistiques faussées. Ainsi, l'évaluation de la production d'opium en Asie du Sud-ouest varie-t-elle du simple au double entre les USA et le PNUCID et du simple au triple entre les USA et diverses organisations non gouvernementales. Les évaluations de la production de coca en Amérique latine sont aussi très variables selon les sources. Il en est de même pour de nombreuses autres données statistiques comme les évaluations du volume d'argent sale généré par le trafic des drogues, le nombre de toxicomanes par pays, etc. Les seules données objectives sont celles concernant les saisies de drogue mais elles dépendent d'un trop grand nombre de facteurs contingents pour pouvoir constituer une base fiable d'estimation du trafic ou de la consommation. Les informations chiffrées sur les activités illicites doivent donc être considérées comme des ordres de grandeur.
Cet ouvrage n’est ni un réquisitoire anti drogue, ni une plaidoirie anti prohibitionniste. Il est uniquement destiné à fournir une information objective, car d'origine scientifique, à des personnes qui se sentent concernées par l'une ou l'autre des multiples questions liées aux drogues, licites ou non.

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