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Gravure de Grandville (1858)
Un usage plurimillénaire
Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. Des graines et des capsules ont été retrouvées dans des habitats néolithiques européens datant de cinq mille ans avant notre ère. Les Sumériens le connaissaient près de quatre mille ans avant notre ère et une de leurs tablettes le qualifie de plante de la joie. Il était largement utilisé aussi dans l'ancienne Égypte, notamment par les Pharaons, non seulement à des fins thérapeutiques mais également pour ses propriétés psychotropes. Dans la Grèce antique, il figurait sur des monnaies et la déesse Déméter était représentée avec des plants de pavot dans ses mains. Le Népenthès, boisson procurant l’oubli de tous les chagrins décrite par Homère dans L’Odyssée, contenait vraisemblablement de l’opium de même que le soma de l’Inde antique. Il a probablement été introduit en Inde par les armées d’Alexandre le Grand trois siècles avant notre ère mais sa culture ne s’y est développée que vers le neuvième siècle. A la fin du treizième siècle, Marco Polo observa des champs de pavot dans le Badakhshan, région du nord de l’Afghanistan où se trouvent encore aujourd’hui de nombreuses plantations. 

Pavot de l'herbier de Otto Brunfels (1530)
 
De la Rome antique aux Grands Moghols
C'est à Rome que sa première description scientifique en fut faite par Dioscoride au premier siècle de notre ère. Un peu plus tard, Pline l'Ancien signalait ses propriétés analgésiques et antidiarrhéiques et c'était le principal constituant de la thériaque inventée par Galien. Il était d’ailleurs largement consommé dans la Rome impériale, pas seulement pour ses propriétés thérapeutiques, puisqu’en l'an 312 il y existait près de 800 magasins vendant de l’opium et que son prix, modique, était fixé par décret de l’empereur. La récolte y était faite par scarification des capsules comme c'est encore le cas aujourd'hui. Les Arabes utilisaient également l’opium, tant pour ses propriétés thérapeutiques que pour le plaisir et ils contribuèrent à le faire connaître dans tout l’ancien monde, notamment en Inde après les conquêtes musulmanes. Sous le règne des Grands Moghols, empereurs musulmans des Indes du seizième au dix-huitième siècle, la culture du pavot et le commerce de l’opium devinrent monopole d’état. L’opiophagie se développa alors puis l’habitude de le fumer, importée de Java ou de Formose. 

L'Europe
En Europe, l’Anglais Thomas Sydenham étudia son action au dix septième siècle et mit au point une nouvelle formulation du laudanum. Cette drogue opiacée, la première à  répondre à une formulation précise, avait été inventée par Paracelse un siècle plus tôt. Sans l’opium, la médecine serait manchote et bancale, écrivit Sydenham qui en consommait lui-même de grandes quantités. D’importants personnages politiques comme Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine de Russie, Richelieu, Louis XIV et bien d’autres en consommaient tous les jours de même qu’un peu plus tard de nombreux artistes et intellectuels comme Goethe, Shelley, Coleridge, Goya, etc. 
Si l’opium a été pendant des siècles l’un des médicaments les plus importants de la pharmacopée en raison de ses multiples propriétés physiologiques, l’abus d’opium à grande échelle en Europe est apparu au dix-huitième siècle en Angleterre, d’abord sous forme du Laudanum de Sydenham utilisé comme apéritif puis sous forme de pilules d’opium brut vendues dans les pharmacies. Au dix-neuvième siècle, des milliers d’ouvriers en consommaient en Grande-Bretagne tandis que l’habitude de fumer le chandou se développait en France. En 1916 il y avait environ 1 200 fumeries d’opium clandestines à Paris. 
C’est à partir de l’opium qu’au début du dix neuvième siècle l’Allemand Friedrich Sertürner isola la morphine, premier alcaloïde obtenu sous forme chimiquement pure. À partir de la morphine, fut ensuite fabriquée l’héroïne.

Les guerres de l’opium
Au dix-huitième siècle, le principal producteur était le Bengale sous la domination anglaise de la Compagnie des Indes orientales. Si les portugais commencèrent à l’introduire en Chine en petite quantité au début du dix-huitième siècle (12 tonnes en 1729), la Compagnie des Indes orientales prit rapidement le relais malgré les édits impériaux interdisant son importation. En 1792, c’est 240 tonnes qui furent importées puis 360 en 1817, 2 400 en 1837. 
Le différend entre l’empereur chinois et les Britanniques devait conduire à la première guerre de l’opium (1840-1842). La défaite chinoise se traduisit par l’importation de  3 000 tonnes d’opium en 1850. Une deuxième guerre de l’opium déclenchée en 1856 eut des conséquences encore plus graves pour la Chine. Ainsi, 6 000 tonnes furent importées en 1879, plus de 10 000 en 1886. Dans le même temps, le nombre d’opiomanes chinois dépassait 120 millions, soit le cinquième de la population. Toutefois, la culture du pavot se développa parallèlement en Chine faisant de ce pays le premier producteur mondial d’opium au début du vingtième siècle. 


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Matériel pour fumer le chandou

Vers un contrôle international
A la même époque, c’est à Shanghai que fut prise la première décision internationale de bannir l’usage de l’opium. Elle devait conduire à la législation internationale actuelle représentée par les différentes conventions internationales sur les stupéfiants, les précurseurs et les médicaments psychotropes. Ceci n’empêcha pas la France de continuer à produire de l’opium raffiné, c’est à dire du chandou, dans ses bouilleries de Saigon jusqu'en 1954. 

Production illicite actuelle
On estime à au moins 5 000 tonnes la production illicite annuelle d’opium dont environ le tiers serait consommé sous cette forme tandis que le reste servirait à produire de l’héroïne. Près de 90 % de la production illicite d’opium est assurée par les deux grandes régions de production, le Croissant d’Or et le Triangle d’Or. Dans le Croissant d’Or, c’est l’Afghanistan le principal producteur avec une production annuelle de l’ordre de 3 000 tonnes ce qui en fait le premier producteur mondial. Dans le Triangle d’Or, c’est le Myanmar (ex-Birmanie) qui avec près de 2 600 tonnes produites annuellement est le second plus grand producteur illicite de la planète. Dans les deux principaux pays producteurs, la culture du pavot à opium est favorisée par l’instabilité politique car l’opium constitue la principale source de financement pour l’achat d’armes par les groupes armés. Les autres pays producteurs sont l’Inde (300 tonnes), le Mexique (50 tonnes) ainsi que divers pays dont le niveau individuel de production n’est pas connu précisément (Cambodge, Chine, Colombie, Guatemala, Viêt-nam). La production en Amérique latine (Colombie, Guatemala, Mexique) est apparue au cours des vingt dernières années. Si elle reste marginale comparativement aux grandes régions de production, elle risque de se développer pour fournir de plus en plus la matière première de l’héroïne consommée aux États-Unis. De l’opium est produit aussi dans certains pays de l’ex URSS sans que le volume produit soit précisément connu. Comme ailleurs, l’instabilité politique et les conflits armés favorisent production clandestine et trafic.




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